Anlor, dans la case…

Dans la case Anlor

Anlor, dessinatrice de la série Amère Russie, a accepté de participer à la rubrique dans la case. Pour vous, elle décrypte une case des Colombes de Grozny, le deuxième tome d’Amère Russie, édité chez Grand Angle.

Entrons, sans plus attendre, dans la case !

 

Amere russie » Voici une case qui n’en dit pas beaucoup, mais qui est, je crois, l’un des points de départ de cet album. C’est en effet précisément cette image que m’a décrite Aurélien Ducoudray lorsqu’il a commencé à m’évoquer le contenu de notre tome 2, alors que je travaillais encore d’arrache-pied à la première partie d’Amère Russie.

Dans cette case très verticale, on découvre un immeuble qui brave vaillamment les ruines alentours. Une case verticale pour décrire un horizon urbain, c’est rare ! C’est justement parce que dans Grozny dévastée, il n’y a plus d’horizon à regarder. Alors le regard de fixe sur cet unique verticalité de l’immeuble des aveugles… Devant, et autour, des gravas, du sens dessus-dessous, une cheminée qui devrait côtoyer le ciel est écrasée par terre et, au premier plan, le quotidien qui a été brusquement interrompu par les bombardements : une chaise, une reste de chambranle, et ce carrelage qui ne sait plus comment se tenir. Au pied de l’immeuble des aveugles, d’infimes silhouettes s’agitent encore, petit reste de vie dans ce décor inhumain.
La ligne d’horizon est quant à elle très déséquilibrée pour donner une impression de noyade dans ce décor de gravas monochromes.

 

Une case verticale pour décrire un horizon urbain, c’est rare ! Anlor

amere russie 2 story board

Pour la petite histoire, il me semble qu’Aurélien avait vu quelque chose qui ressemblait fort à notre « immeuble des aveugles », lors du visionnage d’un reportage sur la guerre en Tchétchénie. L’immeuble était le seul du quartier à avoir été épargné par les frappes russes, grâce à l’inscription qui avait été placardée sur sa façade. Une sorte de symbole de l’ambivalence de l’humanité  : en temps de guerre, ce sont les mêmes hommes qui écrasent des civils sous les bombes, et qui en épargnent d’autres dans l’immeuble des  aveugles.

C’est retranchée dans ce radeau au milieu de la tempête qu’Ekaterina, notre petite mère, va se terrer à Grozny, à la fois protégée et prisonnière du béton de cet ultime bâtiment du quartier…  »

 

 

Merci à Anlor de sa participation !
Et retrouvez la chronique des Colombes de Gorzny, le T2 d’Amère Russie.

 

 

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