Aseyn, dans la case… | Bolchoi Arena #1

Aseyn, dans la case, Bolchoi Arena, Delcourt

Une Case en plus vous propose de rentrer Dans la case d’un auteur de bande dessinée, qu’il soit scénariste, dessinateur ou encore coloriste. Dans la case, c’est simple, l’auteur choisit une case au sein de son dernier album, explique son choix et la décrypte pour vous.

Aujourd’hui, c’est au tour de Aseyn de nous faire entrer dans une case de son dernier album, Bolchoi Arena, dont le premier tome Caleum Incognito a été publié chez Delcourt.

Aseyn, dans la case, Bolchoi Arena, Delcourt

Cette case représente Marje aux commandes de son premier vaisseau. La page d’avant, on la voit le concevoir sur son ordinateur. Marje est une noob (une débutante) dans le Bolchoi ; la forme de son vaisseau annonce déjà la version finale de celui-ci. Mais Marje ne doit pas savoir très bien manier les outils de conception car elle crée un gros engin, peu adapté pour la course à laquelle elle participe contre Dana, plus expérimentée. Son amie est une habituée, et son vaisseau est plus léger et aérodynamique.

Aseyn, dans la case, Bolchoi Arena, DelcourtCette case est spéciale pour moi, à plus d’un titre. Je me souviens d’en avoir été satisfait immédiatement, d’une part par l’angle de vue bien rendu – une forte plongée – et d’autre part par le design du vaisseau. Dans le storyboard de Boulet, le vaisseau est plus petit, avec de gros réacteurs, et il fait un peu jouet, un peu Pole Position (désolé, Gillou).

Je n’étais moi-même pas un expert de la conception de vaisseau, et en ce sens, je m’identifie à Marje, car je découvre comme elle les possibilités du Bolchoi… Et on s’est bien débrouillé je trouve. De plus, cela me fait aussi penser à l’évolution de la Turbotraction dans Spirou, la deuxième version est super cool, mais la première est top aussi… Pour concevoir son design, j’ai pris comme modèle mon cutter, qui était sur mon bureau. Je l’ai “écrasé”, car ce serait trop long pour un vaisseau individuel. C’est une technique très pratique, de prendre un objet du quotidien pour en faire un engin motorisé. Boulet m’avait dit qu’Akira Toriyama faisait comme ça, je crois… Quoiqu’il en soit, je me suis dit que je tenais un truc, dans le trait et dans le rendu, à ce moment-là. J’aime beaucoup cette scène de course.

Il y a aussi dans cette scène une référence explicite à Akira, de Katsuhiro Otomo. On me le cite sans cesse comme une de mes influences graphiques, ce qui est vrai et ce que je revendique. Mais là, c’est une citation, comme j’en ai mis d’autres dans l’histoire (Lamu, Futurama…) : il s’agit du nombre 55, c’est une référence à la 55 BANK dans Akira, qui est une enseigne sur un immeuble qui s’éffondre lors de la destruction de Neo Tokyo. Cette scène est traumatisante, et ce 55 BANK m’a beaucoup marqué.

Akira, Otomo, 55 bank

Peut-être est-ce déjà une référence de la part d’Otomo, à autre chose, je ne sais pas. Pourquoi 55 ? Je n’ai jamais trouvé de réponse. Mais comme c’est dans mon imagier mental, lorsqu’il s’est agi de numéroter les vaisseaux, celui-ci a poppé dans mon esprit. Il est pratique aussi : c’est un numéro un peu nul, comme Marje à ce moment-là. Je m’entends : Dana a le numéro 8, ce qui signifie qu’elle est meilleure que Marje, plus proche du numéro 1. Puis ça veut dire aussi qu’il existe au moins 54 autres vaisseaux, si ce n’est plus, c’est un hors-champ numérique, une manière d’imaginer un monde plus vaste sans le représenter. La référence est un art délicat ; je suis issu d’une génération gatée en matière d’images de qualité, et il serait facile de tout régurgiter. Néanmoins, j’essaye de m’approprier ces images, de faire le tri et de comprendre ce qui compte vraiment, ce qui m’a réellement nourri.

Nungesser, Fred Bernard, Aseyn, CastermanEnfin, et je l’avais oublié jusqu’à cet exercice d’analyse de case, mais j’ai mis sur la carrosserie la tête de mort de Nungesser, l’aviateur dont j’ai dessiné le biopic (avec Fred Bernard au scénario) dans mon livre précédent. C’est une curieuse coïncidence, car comme je l’ai dit c’est à partir de ce moment de l’histoire que je suis entré vraiment dans le Bolchoi, en étant satisfait de mon dessin. C’est donc une espèce de passage de flambeau, une continuité dans mes livres. L’auto-citation, c’est très satisfaisant. Cela donne l’illusion de la cohérence… Dans la chambre de Marje par exemple, il y a un poster du jeu Beyond The Ice Palace, auquel j’ai consacré un livre entier, Le Palais de Glace.

 

 

 

Nous remercions très chaleureusement Aseyn pour sa participation à la rubrique Dans la case. Retrouvez la chronique du très bon tome 1 de Bolchoi Arena.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.