Black Hammer #1, la critique

Et si un Batman de 60 ans était coincé dans une ville de rednecks avec une Wonder Woman dans un corps de fillette, un Green Lantern qui a perdu la raison et disons, un superman gay ? Cela ressemble à une histoire qu’un enfant déraisonnable aurait tordue, et pourtant on se rapproche beaucoup de Black Hammer, de Jeff Lemire et Dean Ormston, et c’est très sérieux.

Arrachés à leur univers de super-héros par une crise multidimensionnelle, les champions oubliés de Spiral City vivent désormais telle une famille dysfonctionnelle, prisonniers du quotidien paisible d’une petite bourgade américaine.

Jeff Lemire met à l’honneur une équipe hétéroclite composée d’humain, alien, enfant, sorcière, robot, obligés de coexister dans un mouchoir de poche. Dans ce premier tome, Origines Secrètes, les héros affrontent un deuil et font face à leur déracinement et leur captivité, chacun a sa manière, entre acceptation, rébellion et résignation. Ce premier tome navigue avec fluidité entre le présent de la famille et le passé de héros, de ses membres par flashbacks, sans que l’un soit moins intéressant que l’autre, posant le cadre et les mystères du scénario sans trop y apporter de réponses pour le moment. Que reste t’il lorsqu’on dépouille un héros de son combat contre les méchants ? Le scénariste répond : d’autres combat, plus intimes. Jeff Lemire rend ostensiblement hommage aux héros de son enfance tout en les inscrivant dans des problématiques de son temps. L’ajout des dimensions psychologiques, sociales et sociétales n’est plus tout à fait nouvelle dans le comics, et par Black Hammer, Jeff Lemire dépose sa pierre à l’édifice, peignant un tableau vibrant d’hommage et de justesse. Comme souvent, le cadre est un prétexte pour Jeff Lemire de sonder l’âme humaine et ses tourments, à travers l’amour, l’amitié, les liens filiaux, le tout avec brio.

Le trait de Dean Ormston a du caractère et peut diviser. Les personnages ne sont pas « beaux », personne ne l’est, et leurs contours tremblants, associés aux couleurs plutôt ternes, achèvent de leur retirer toute noblesse, les ramenant à notre niveau et facilitant l’identification. L’hommage se retrouve également dans le dessin lorsque les codes graphiques d’une époque sont utilisés pour évoquer le passé d’un personnage ou un arc particulier. Les héros se rapprochent de styles de comices différents, comme le pulp, la science-fiction, le comics horrifique, dans lesquels Dean nous fait voyager.

Après la science-fiction de Descender, Jeff Lemire nous régale avec ce premier tome Black Hammer, superbement servi par le trait de Dean Ormston, ode au super héros, avec un petit ou un grand H, qu’il soit sauveur du monde ou du quotidien. La collection compte 4 tomes et 3 spin-off à ce jour, dont vous trouverez prochainement les chroniques dans ces lignes.

Black Hammer #1
Origines Secrètes

200 pages
Jeff Lemire – Dean Ormston
Urban Comics
20 octobre 2017

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