Dans les vestiaires, la critique

Originellement publié en 2014 dans un album appelé Les vestiaires, La boîte à bulles rééditent l’un des premiers albums de Timothé le Boucher sous le titre Dans les vestiaires.

Le nouveau vestiaire des collégiens ouvre ses portes. Vitres floutées et toilettes roses, les garçons découvrent les locaux rénovés avec un mélange de gêne et de moquerie. D’autant plus que les douches sont désormais collectives ! Ainsi deviennent-elles un centre d’intérêt particulier, dans cet espace clos où le principe fondamental de l’autorité adulte disparaît et où peuvent s’exprimer les instincts primaires à l’état le plus brut : agressivité, sexualité ado, moqueries, harcèlement de la tête de turc… Est recréée au sein même du vestiaire une microsociété sans limite et à l’équilibre incertain, avec ses chefs craints et ses moutons noirs…

Bien avant Ces jours qui disparaissent et Le Patient, Timothé Le Boucher proposait en 2014 un huis-clos poignant se déroulant dans les vestiaires, refait à neuf, d’un collège. La boîte à bulles à la très bonne idée de le rééditer aujourd’hui. Timothé Le Boucher met en scène une classe de collégiens qui cohabite tous les jeudis matin dans un vestiaire, avant et après la séance de sport. Refait à neuf avec des vitres opaques, le vestiaire isole ces jeunes du reste du monde. Et les douches, désormais communes, s’avère être un gros dilemme pour ces adolescents, pas forcément à l’aise avec leur corps. Dans cette pièce, tout au long des quelques 130 pages que compte le récit, le scénariste décrit les rivalités qui s’installent entre ces jeunes et le système hiérarchique qui se met en place avec son lot d’humiliations, de méchancetés et de piques. À ce titre, les dialogues sont très justes. On apprécie également la conclusion de ce récit, surprenante, dans les dernières cases, qui deviendra la marque de fabrique de l’auteur. Dans les vestiaires est un récit dur, voir violent, qui renvoie chacun de nous face à sa propre adolescence. Il est fort probable que nous ayons tous, à un moment de notre adolescence, été confronté à de telles situations soit comme bourreau soit comme victime. Il met le lecteur mal à l’aise car il ne peut intervenir, et se voit contraint de rester simple spectateur.

Graphiquement, on retrouve déjà dans ces pages, les qualités graphiques des œuvres futures de Timothé Le Boucher avec un trait simple et doux, des aplats de couleurs et des couleurs pastel. Le découpage, les cadrages et les gros plans concourent, eux aussi, à installer une certaine atmosphère, d’où émanent un malaise et un mal-être, qui conviennent parfaitement au récit.

Six ans après sa première parution, La boîte à bulles republie, avec un titre plus explicite, l’un des premiers albums de Timothé Le Boucher. Sans porter de jugement, ni apporter de solution, Dans les vestiaires est un récit témoignage flippant de réalisme et étouffant sur la cruauté assez naturelle des adolescents les uns envers les autres.

Dans les vestiaires
128 pages
Timothé Le Boucher
La boîte à bulles
Parution : 24 juin 2020

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