Fabrice Le Hénanff, Dans la case… | Wannsee

Fabrice Le Hénanff, dan la case... | Wannsee

Une Case en plus vous propose de rentrer Dans la case d’un auteur de bande dessinée, qu’il soit scénariste, dessinateur ou encore coloriste. Dans la case, c’est simple, l’auteur choisit une case au sein de son dernier album, explique son choix et la décrypte pour vous.

Aujourd’hui, Fabrice Le Hénanff vous propose d’entrer dans la planche 41 de l’excellent Wannsee publié chez Casterman.

Fabrice Le Hénanff, dan la case... | Wannsee

« Pour cette rubrique Dans la case…, je n’ai pas choisi une case mais une planche, la planche 41 de l’album qui est une planche importante pour moi pour diverses raisons. Hormis sa place dans l’album, la planche 41 est pile au milieu de l’album et articule le récit, elle trouve un écho dans la planche 42 qui débute sur le plat de charcuterie, strip qui n’a d’intérêt précisément que par la 41.

Fabrice Le Hénanff, dan la case... | Wannsee

Cette planche marque le début du troisième chapitre de l’album, le premier allant jusqu’à la planche 24, la seconde de la 25 à la planche 41. Ensuite on a cette conférence qui vient et s’articule avec l’histoire dans l’histoire du rat et du chat en hommage à Maus.

La planche 41 est essentielle. Bien que muette, elle est paradoxalement assourdissante en réponse aux débats de la conférence. Parce qu’elle fonctionne en silence, en muet, elle est un moment de recueillement, à la fois devant l’horreur, mais aussi devant un peuple. Son silence est également un rappel du silence de ceux qui savaient, la planche fonctionne comme un claque, car elle sert “d’introduction” aux débats qui vont suivre et rappelle que, maintenant qu’on a vu cette planche, on ne peut pas lire la suite des débats sans comprendre ni savoir, elle présente la conséquence avant de présenter les causes.

L’étoile de David est essentielle car elle est le seul symbole juif de l’album, à l’exception de cette étoile jaune de la honte. Elle est la seule étoile de la dignité dans l’horreur, elle est la seule représentation de ce peuple, qui, tout en étant le centre de tout l’album, n’existe pas sous forme identitaire dans l’album. Cette étoile est la seule représentation de leur identité, de leur existence, au milieu des emblèmes nazis qui sont représentés.

Tout au long de l’album, les Juifs sont traités comme du bétail, sont mentionnés et évoqués en terme comptable, chiffrés, déshumanisés, comme une marchandise. Les participants à la conférence les mentionnent comme de la marchandise et leur sort est scellé comme on parlerait d’animaux, de stocks d’usine. A cette déshumanisation mécanique, administrative et froide, cette étoile de David répond en écho, car elle vient humaniser ce « bétail », elle donne une existence, une identité, une patrie à ces nombres, à ces marchandises. D’un seul coup, la froideur de l’horreur, la déshumanisation des victimes au rang de moins que rien est giflée par cette étoile, comme l’arrogance de leur victoire contre l’horreur, comme si à cette planche muette, répond en écho “mais c’est un peuple, une nation, des hommes et des femmes, c’est une humanité qui renaît et se tient droit face à vos emblèmes vaincus”.

Les lecteurs pourront me dire que j’ai choisi la facilité avec cette planche … Mais elle à suscité le débat au sein de la rédaction de Casterman avec en face l’argument de Arthur Spiegelman : « On ne fait pas de l’esthétique avec la Shoah ». Débat qui entrainera un retard de plus de deux mois pour la publication de l’album et la réalisation d’une préface.

Sur le plan technique elle est réalisée en couleur direct comme toutes les planches de l’album, le challenge était de montré le déroulement de la Shoah en une seule page. J’ai commencé par un découpage classique en 3 bandes avec du texte, cela ne fonctionnait pas. Le texte devait être supprimé et les images se suffire à elles même. Puis m’est venu cette idée d’étoile. J’ai vérifié qu’il n’y avait pas de précédents. Chose faite, je me suis lancé ».

 

Nous remercions chaleureusement Fabrice le Hénanff pour sa participation à la rubrique Dans la case. Retrouvez la chronique de son formidable album Wannsee.

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