Fabrice Parme, dans la case… | Astrid Bromure #4

Dans la cqse, Fabrice Parme, Astrid Bromure 4

Une Case en plus vous propose de rentrer Dans la case d’un auteur de bande dessinée, qu’il soit scénariste, dessinateur ou encore coloriste. Dans la case, c’est simple, l’auteur choisit une case au sein de son dernier album, explique son choix et la décrypte pour vous.

Aujourd’hui, Fabrice Parme vous propose d’entrer dans la toute première case du quatrième tome d’Astrid Bromure, Comment lyophiliser le monstre du Loch Ness, publié chez Rue de Sèvres.

Dans la cqse, Fabrice Parme, Astrid Bromure 4

«  Dans un album d’Astrid Bromure, toutes les cases construisent un ensemble. La composition générale de l’album est ma priorité. En extraire une m’est donc très difficile. J’apporte autant de soin a une toute petite image montrant un visage qu’a une grande image présentant un grand décor très détaillé avec plusieurs personnages en action dedans. Isolez une image d’une planche d’Astrid Bromure et elle n’aura pas grand-chose d’extraordinaire !

Ce qui fait l’originalité plastique d’Astrid Bromure, ce sont les assemblages : l’art de la composition (la clé de voûte de la bande dessinée : la synthèse entre le dessin et l’écrit). Rien n’est laissé au hasard et rien n’est dispensable. Si une image n’a pas de cadre, ce n’est pas pour faire joli, c’est fonctionnel. J’utilise un cadre et un décor quand c’est nécessaire. Le décor très détaillé d’une image nourrit les images qui l’entourent et la place des bulles participe à la composition générale donc à la lecture. Je suis avant tout un compositeur.

La toute première image du tome 4 d’Astrid Bromure dépend non seulement des 4 autres qui la succèdent mais elle n’est pas la première image qui saute aux yeux du lecteur lorsqu’il découvre cette page. La sixième est la première image qui s’impose. Le lecteur est déjà imprégné de cette autre avant même d’entamer la lecture de la véritable première image de la page. Le lecteur a le décor qui situe l’action de la séquence en tête avant même de s’y attarder. La toute première case en contient déjà virtuellement une précédente. Dans une page de bande dessinée, toutes les images communiquent et se nourrissent entre elles. La lecture n’est pas uniquement chronologique. L’espace-temps de la bande dessinée n’est ni celui du réel, ni celui du cinéma, ni celui du théâtre, de la peinture ou du roman… c’est un découpage du temps dans l’espace bien spécifique. J’utilise les moyens propres à la bande dessinée, je ne calque pas ma grammaire sur celle du cinéma. Un découpage cinématographique en bande dessinée ne veut strictement rien dire. L’image cinématographique est chronophage : l’image est toujours dévorée par la suivante. Pas celle de la bande dessinée : l’image cohabite avec la suivante. Le cadre d’une image de cinéma est toujours le même rectangle, celui de l’image de bande dessinée varie et peut aussi ne pas exister. Je joue avec le cadre ou son absence et la taille de mes cadres. La taille de mes cadres impose aussi des cadrages. Mes petits carrés sont de minuscules gros plans pour obliger le lecteur à se plonger dans les détails.

Dans la case, Fabrice Parme, Astrid Bromure 4

La toute première image compte parmi ces minuscules gros plans. Elle montre Astrid au petit-déjeuner, serviette nouée autour du cou, devant son bol de chocolat et mangeant une tartine de confiture : “CROQUE CROQUE”. La table n’est pas visible mais on la devine. Une image banale d’un instant quotidien. Un dénominateur commun : image régressive et confortable. Début d’une nouvelle journée et d’une nouvelle histoire. N’importe qui peut s’y projeter et par conséquent, s’identifier au personnage principal de mon récit. Voilà pourquoi j’ai opté pour cette entrée en matière.

J’aurais pu commencer cet album par une grande image avec toute la famille au petit-déjeuner dans un somptueux décor : la sixième image de la page. Entrée classique : un large cadre puis on s’approche. J’ai préféré le contraire : amorcer avec un cadre très serré, quelques détails, un gros plan sur Astrid et découper une action simple (5 petites images carrées) puis décadrer. De l’individu vers le monde. En commençant par la sixième image, Astrid n’aurait pas été le personnage moteur : sa mère aurait été la vedette.

Dans la case, Fabrice Parme, Astrid Bromure 4

Pourquoi choisir cette première et non pas la seconde ? Parce qu’en mâchant sa tartine plutôt qu’en buvant son chocolat, Astrid produit des sons secs : “CROQUE CROQUE”. Ces sons frappent comme on frappe les trois coups au début d’une pièce de théâtre. Commencer par une case muette n’amorçait pas le rythme. Et il y a quelque chose d’enfantin dans “CROQUE CROQUE”, ce qui ajoute encore une dimension régressive voire nostalgique à mon propos. À savoir, c’est un album pour enfants et grands enfants.

Cette première image et les trois qui la suivent sont à la fois narratives et contemplatives. C’est l’ensemble de ces images qui créent cette impression. Généralement, une image est plutôt narrative ou plutôt contemplative. Les images narratives dynamisent le récit alors que les contemplatives le ralentissent. Le rythme de mon récit dépend surtout de ces choix.

Dans la case, Fabrice Parme, Astrid Bromure 4

Cette première image ne montre pas de décor. Seulement une couleur de fond bleu-vert clair pour indiquer une ambiance à la fois froide et douce. Les quatre images suivantes reprennent le même cadrage et le même fond coloré. On découvre dans la sixième image l’endroit où se déroule la scène. Toutes les couleurs des images qui composent l’album doivent être choisies dans une gamme colorée prédéterminée. Une partie des couleurs référencées change à chaque tome. C’est le récit qui détermine la gamme.

Les codes graphiques que je privilégie pour telle ou telle image varient. La majorité de ces codes vont puiser dans ceux de la bande dessinée. Ces codes systématiques sont pratiques. Pourquoi ce privé du vocabulaire universel d’Hergé ? D’autres codes graphiques sont importés de la publicité, de la photographie, du dessin industriel, de la typographie… Je vais aussi les chercher dans toute l’iconographie des années 1925-1930.  Le choix même de ma police de caractère n’est pas pour faire joli. Ma lettre doit immédiatement être lisible et comme Astrid évolue vers 1925-1930, ma lettre doit correspondre à une police de cette époque pour faire sens. La beauté découle de la logique. Un discours esthétique n’est pas esthétisant, au contraire ! »

 

Dans la case, Fabrice Parme, Astrid Bromure 4
Dans la case, Fabrice Parme, Astrid Bromure 4
Dans la case, Fabrice Parme, Astrid Bromure 4

 

Merci à Frabice Parme pour sa participation à la rubrique Dans la case. Retrouvez la chronique de Comment lyophiliser le monstre du Loch Ness, le tome 4 d’Astrid Bromure. Les chroniques du tome 3, Comment épingler l’enfant sauvage ?, du tome 2  Comme atomiser les fantômes et du tome 1 Comment dézinguer la Petite Souris sont également disponibles.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.