La bombe, la critique

Avec La bombe, Alcante, Laurent-Frédéric Bollée et Denis Rodier décortiquent l’incroyable histoire vraie de l’arme la plus effroyable jamais créée. 

Le 6 août 1945, une bombe atomique ravage Hiroshima. Des dizaines de milliers de personnes sont instantanément pulvérisées. Et le monde entier découvre, horrifié, l’existence de la bombe atomique, première arme de destruction massive. Mais dans quel contexte, comment et par qui cet instrument de mort a-t-il pu être développé ? Véritable saga de 450 pages, ce roman graphique raconte les coulisses et les personnages-clés de cet événement historique qui, en 2020, commémore son 75e anniversaire. Des mines d’uranium du Katanga jusqu’au Japon, en passant par l’Allemagne, la Norvège, l’URSS et le Nouveau-Mexique, c’est une succession de faits incroyables mais vrais qui se sont ainsi déroulés. 

Aucune personne ne devrait être effrayée par l’apparente austérité de cet album. Malgré le pavé, que dites-vous, le monolithe plutôt ! Cet album devrait, en toute franchise, figurer au programme scolaire. Si l’opportunité nous en avait été laissée à l’époque, peut-être n’aurait-on pas gardé de cet événement majeur qu’un nom de code, Fat Man, celui donné à la bombe lâchée sur Nagasaki le 9 août 1945 par l’armée américaine, et le sentiment diffus qu’Albert Einstein y avait probablement contribué. Nous ne savons rien. Un événement tragique, actuel mais lointain, ne provoque en général dans la population qu’un émoi modéré et bref, bien moins qu’un fait divers local. Que dire alors d’une tragédie si “ancienne” ? Nous n’aurions peut-être jamais lu la véritable histoire de la bombe si celle n’avait  pas été couchée sur une BD peuplée d’images, alors nous saluons l’opportunité. Nous ne l’aurions sans doute pas terminée si le scenario n’avait été si prenant et rythmé. Il évite tous les écueils que la gravité du sujet aurait pu entraîner en termes de contextualisation à outrance ou d’introspections indigestes, sans céder à la facilité du raccourci et de la sur-simplification. Le lecteur vit presque en temps réel et aux 4 coins du monde l’aventure funeste. 
On apprécie que tous les faits relatés dans La bombe soient racontés à hauteur d’hommes : qu’ils soient décideurs politiques (Roosevelt, Truman), scientifiques passés à la postérité (Einstein, Oppenheimer, Fermi…) ou acteurs majeurs demeurés méconnus, tels Leó Szilàrd, un scientifique, personnage principal de cet album, qui remua ciel et terre pour que les USA développent la bombe, puis fit l’impossible pour qu’ils ne l’utilisent jamais, Ebb Cade (un ouvrier afro-américain auquel on injecta à son insu du plutonium pour en étudier l’effet sur la santé) ou Leslie Groves (le général qui dirigea d’une main de fer le Projet Manhattan) – sans oublier, bien sûr, les habitants et la ville d’Hiroshima, reconstituée dans cet ouvrage de manière authentique. 

Nos yeux auraient pu se détourner d’un ouvrage de 450 pages intégralement en noir et blanc, aux dessins classiques voir oldschool, si le trait n’avait été si vivant et la mise en page savamment construite et si les protagonistes n’étaient si expressifs. 

Il est malheureusement aisé de passer à côté du bijou qu’est La bombe. Il serait vraiment dommage de s’en passer tant ce récit est passionnant et brillant d’équilibre, qu’on l’a dévoré d’une traite. La bombe est le livre de référence sur l’histoire de la bombe atomique à mettre dans toutes les mains. 

La bombe 
472 pages 
Alcante, Laurent-Frédéric Bollée – Denis Rodier 
Glénat 
Parution : 4 mars 2020 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.