Philippe Pelaez, dans la case…

Pjilippe Pelaez, dans la case, Oliver et Peter, Sandawe, interview

une Case en plus vous propose de rentrer Dans la case d’un auteur de bande dessinée, qu’il soit scénariste, dessinateur ou encore coloriste. Dans la case, c’est simple : l’auteur choisit une case au sein de son dernier album, explique son choix et la décrypte pour vous.

Aujourd’hui, Philippe Pelaez vous propose d’entrer dans la case… 11 de la page 32 du premier tome dOliver et Peter, La mère de tous les maux qu’il a réalisé avec Cinzia Di Felice publié par Sandawe. 

Pjilippe Pelaez, dans la case, Oliver et Peter, Sandawe, interview

 » La case proposée est la dernière de la page 32 de l’album (planche 30), et clôt une séquence de 2 pages qui ancre définitivement Oliver & Peter dans un récit pour adulte, puisqu’une prostituée de Whitechapel y est assassinée.

J’avais, au départ, prévu plusieurs plans sur les deux protagonistes de la scène, le capitaine Crochet et la malheureuse, mais Cinzia m’a avoué qu’elle ne sentait pas forcément à l’aise de dessiner le meurtre sauvage d’une femme. J’ai donc décidé d’adopter le point de vue… d’un chat.

Un chat de gouttière qui vient laper l’eau sale d’une flaque et y troubler le reflet de la lune; un chat curieux qui lève la tête, attiré par le bruit venant d’une mansarde en hauteur, et qui décide de grimper sur l’enchevêtrement de planches pour accéder à la chambre éclairée; un chat à peine troublé par le crochet ensanglanté qui soulève la fenêtre, par la main valide qui le flatte, et par l’homme qui s’envole.

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Tous les dialogues sont hors-cadres et gagnent en intensité jusqu’à cette dernière case. Le premier échange identifie clairement un des deux personnages comme une prostituée; la suite nous fait comprendre que l’interlocuteur de la prostituée est le capitaine Crochet (« Bon, faut que j’m’appelle Wendy, c’est ça ? Maman Wendy ? ») et l’intensité va crescendo quand l’audacieuse décide de mettre un coussin sous sa robe, telle une femme enceinte, ce qui va déclencher la fureur du dandy (car ce Crochet, dans mon histoire, n’est pas le pirate que vous connaissez).

Il fallait donc bien, malgré les réticences de Cinzia, terminer par une case choc.  Il s’agit ici d’un plan de demi-ensemble, et une vue en plongée sur la femme assassinée qui gît par terre, et le chat qui lui lèche le doigt. Le lit est défait, le mur souillé de tâches de sang. La référence à Jack l’Éventreur est une évidence, avec une nuance de taille : la pudeur. Une des victimes de l’assassin de Whitechapel, Mary Jane Kelly, fut assassinée dans sa chambre du 13, Miller’s court le 13 novembre 1888, et je vous déconseille de voir ce qu’il lui est arrivé. Le dessin de Cinzia, rond, léché, et la texture donnée par le coloriste Florent Daniel sont de formidables contrepoints à l’horreur de la scène, à peine atténuée par le visiteur incongru.

J’ai trouvé cette case tellement forte que j’ai proposé à l’éditeur Patrick Pinchart d’en faire l’illustration du quatrième de couverture avec un monologue tiré du tome 2 :

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C’est avec les femmes de mauvaise vie que j’ai essayé de rejouer à notre petit jeu, Wendy, celui où vous étiez la mère de tous les pirates de Neverland. Mais elles sentaient le pavé et le suif, elles suintaient le gin et la misère ! Je crois que cela m’a mis en colère…

Impossible de se tromper : Oliver & Peter n’est pas une histoire pour enfants… « 

Merci à Philippe Pelaez de sa participation.

Et retrouvez notre chronique de La mère de tous les maux, premier tome d’Oliver et Peter.

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